La dernière larme fut versée sur cette pierre
par le dernier d'entre nous, près du dernier arbre.
Un ciel rouge sombre, couleur sang séché,
une voute nuagée ou ne brillent plus les étoiles
sur un monde ravagé, brûlé par l'or noir.
Le nouveau créait l'oubli, le neuf inventait la mémoire.
Un enfer rutillant, somptueux, chatoyant et désespérant.
Parqués dans les villes tentaculaires, chacun était seul.
Meurtris par des batailles perdues, par l'exil rendus au silence
les âmes sacrifiées, dépossédés, dilapidaient l'héritage.
Il ne restait plus rien de l'éternité.
Alors par le dernier d'entre nous
cette dernière larme fut versé.
Du dernier arbre, porté par le vent,
une derniere feuille tombais.
avant qu'il ne sèche, qu'il ne pourrisse.
De cette larme, coulant de la pierre,
bue par le sol, sur une terre craquelée
Un bourgeon émergea.
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Sanctifiée
A tes seins sanctifiés
je m'agrippe; comme
si tenté d'arrêter les nuages,
je m'y noie.
Leur insensée beautée.
Ma grappe, ma tige,
Cathédrale gothique
ta déraison me prie,
guide ma flèche, m'ordonne
en toi par tes doigts fiévres
caressants de douceur,
je chûte, je trébuche…
j'entre en l'ogive, pressés de jouir
impatient de remplir, de jaillir
ton ventre chaud, nos pubis pulsent,
palpitent et se heurtent,
au plus profond de toi,
ma bouche s'emparre de ta langue.
Petit bonbon fondant de miel.
Tu me la sort et je fond…
giclée seve opale dans
ta bouche sortilège.
Gourmande gourmandise
Tes levres brillantes
de gelée et de givre.